LES ARTISTES 2012
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Les artistes

- Jean-Jacques MILTEAU

Avant d’être touché par la grâce à l’écoute d’un album de Sonny Terry, Jean-Jacques Milteau le confesse : ‘‘j’avais déjà entendu un peu d’harmonica... ‘‘. On imagine alors que la jeunesse de ce parisien du 13ème arrondissement, né en 1950 non loin de la Porte d’Italie, ait pu être bercée par l’engin chromatique d’un Albert Raisner. Ce dernier, passé l’âge d’or de son second trio (1947 - 1953) et devenu homme de radio et de télévision, distillait sur les ondes à partir de 1959 des morceaux de bravoure comme « Le Canari ». À moins que, sans connaître son nom, comme la plupart de ses compatriotes, fut-il abreuvé, peut-être jusqu’à l’excès, du ruine-babines de Jean Wetzel, énigmatique interprète en 1954 du thème écrit par Jean Wiener pour le film Touchez Pas Au Grisbi. Voici bien de quoi sensibiliser voire de façonner une oreille mais de là à déclencher une vocation il y a un monde... Et ce monde c’est le Blues !

On suppose un Jean-Jacques Milteau beaucoup plus sensible au You’re No Good qui ouvre le révolutionnaire premier album de Bob Dylan de mars 1962 en gageant qu’il écouta en boucle jusqu’à l’usure la reprise qu’il propose du fameux Freight Train Blues. Il tombera ensuite sous le charme, en octobre 62, du premier single des Beatles Love Me Do, composition de Paul Mc-Cartney que John Lennon rehausse d’un riff d’harmonica inspiré de Delbert McClinton (récent artisan du succès du Hey ! Baby ! du Texan Bruce Channel [février 1962]).

Comme la plupart de ses contemporains, il ne découvrira que beaucoup plus tard les enregistrements de Cyril Davis ou de Paul Butterfield qui, dès 1963, se posaient pourtant en véritables ambassadeurs de l’instrument. Mais en février 1964, il ne manquera pas le premier single des Rolling Stones Not Fade Away que l’harmonica rageur de Brian Jones inonde de toute sa fougue. ‘‘J’ai acheté un harmonica parce qu’il y avait une certaine vague Folk-Rock à l’époque avec des types comme Dylan, les Rolling Stones, Donovan, John Mayall...’’. John Mayall c’est à partir de 66 et avant ça il y aura eu 1965, Sonny Terry et son époustouflant Lost John.

De cet instant date la prise de conscience que cette musique-là, ce son-là, cette expressivité-là can come from nowhere but the blues. Ce titre provient d’un enregistrement Folkways de 1954. Le label fondé par Moses Asch en 1948, propose conjointement des enregistrements des héros de la scène folk, Woody Guthrie, Pete Seeger, Dave Von Ronck (tous héros de Dylan)... et des survivants de l’âge d’or du Country Blues, Big Bill Broonzy, Blind Willie Johnson, Brownie McGhee, Jazz Gillum, LeadBelly, Josh White, Big Joe Williams, Reverend Gary Davis... En dehors des USA le label est diffusé par Le Chant du Monde... ce sera la première maison de disques de Jean-Jacques Milteau.

Étonnamment l’harmonica est ignoré par l’ensemble des acteurs de la révolution Rock ‘n’ Roll déclenchée par Elvis Presley (à l’exception notable de Bo Diddley s’offrant les services de Billy Boy Arnold qui oeuvre de manière aussi incisive que décisive sur, notamment, Bring It To Jerome, Diddley Daddy ou Pretty Thing. Quand un ‘‘rocker’’ veut un ‘‘soufflant’’, il opte plus volontiers pour le saxophone ! Ce n’est donc pas le moindre des mérites à porter au crédit de Dylan et de beaucoup des premiers héros de la Pop anglaise, qui ont tous pour idoles les Presley, Cochran, Berry, Holly et autre Jerry Lee, mais n’omettent pas de nous alerter sur l’existence de ses héros de l’ombre que sont Sonny Boy Williamson (le vrai [n°1 John Lee Curtis mort en 1948] comme le faux [n°2 Rice Miller]), Bill Jazz Gillum, Howlin’ Wolf, Peg Leg Sam, Sonny Terry, Walter Horton, Slim Harpo, Jimmy Reed, Little Walter, Junior Wells, James Cotton...

Brian Jones, Keith Relf, Cyril Davis, Paul Jones, John Mayall en Angleterre, comme Bob Dylan, Don Van Vliet ou Alan Wilson aux USA, martèlent tous le même message à travers leurs enregistrements et le premier album des Rolling Stones est symptomatique de ce que proposait à la même époque des groupes comme les Pretty Things, les Yardbirds, The Blues Incorporated, Manfred Mann et tant d’autres... On y évoque les noms des plus fameux : Little Walter I Just Want To Make Love To You (titre de Willie Dixon créé en compagnie de Muddy Waters en 54) ; Jimmy Reed Honest I Do ; Billy Boy Arnold Mona – I Need You Baby (de et avec Bo Diddley) ; James Moore (ex Harmonica Slim) alias Slim Harpo I’m A King Bee. Jean-Jacques Milteau perçoit le message et va s’engouffrer avec passion, gourmandise et délectation dans ce ‘‘chemin de Damas’’. Bientôt il saura même avant les autres qui sont DeFord Bailey, Jaybird Coleman ou encore Noah Lewis...

Son premier harmonica lui a coûté la fortune de 8,50F ! Il n’est pas question de leçons ou de cours, l’harmonica comme la guimbarde se pratique toujours en autodidacte. Ses années d’apprentissage, Jean-Jacques Milteau va les conclure à l’automne 1970 par un voyage aux USA. Cette immersion au pays du blues va lui permettre de s’abreuver aux sources de cette musique qui l’obsède. Il prendra connaissance de l’existence de ses contemporains devenus les fines lames de la scène du moment. Charles Musselwhite qui enregistre depuis 67 ou Carey Bell depuis 69. On parle également d’un certain Charlie McCoy à Nashville qui oeuvre depuis 61 en qualité de sideman sous la houlette de Chet Atkins et qui a enregistré un premier album personnel et prometteur (1967). À son retour, en est-il conscient, Milteau est fin prêt pour entamer une carrière professionnelle.

Pour l’heure il vit de petits boulots (on parle de cuistot et de ... vendeur de disques !). « C’est un pur hasard, je jouais pour le plaisir. Des gens ont eu besoin de ce que je savais faire et je les ai croisés ». (Standing at the crossroads bending on his knees ? l’histoire ne le dit pas). Pour l’heure, at the crossroads, notre modeste ingénu un jour de 1977 croise Eddy Mitchell tout chaud débarqué de Nashville (où Charlie McCoy est devenu alors une incontournable vedette).

 EN CONCERT : 
- samedi 31 mars 2012 à 21h00
Place à la fête : 28 artistes, 4 concerts exceptionnels
musiques...
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